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Question écrite concernant les prescriptions médicamenteuses inappropriées chez les personnes âgées et les outils dédiés aux prescriptions médicamenteuses du plan d'action e-Santé.

de
Emin Özkara
à
Elke Van den Brandt et Alain Maron, membres du Collège réuni en charge de l'action sociale et de la santé (question n°310)

Matière(s):
Routes et voiries, Routes et voiries
 
Date de réception: 15/07/2020 Date de publication: 11/03/2021
Législature: 19/24 Session: 19/20 Date de réponse: 02/02/2021
 
Date Intitulé de l'acte de Référence page
19/01/2021 Recevable p.m.
 
Question    Il existe de nombreux enjeux liés à la santé des personnes âgées. La pertinence du diagnostic médical allié à un traitement médical optimal utilisant plusieurs médicaments est l'un de ces enjeux.

Nous pourrions résumer grossièrement le processus de soins comme suit :
Pour
un malade donné, le corps médical tente de dégager le « meilleur » diagnostic pour ensuite lui proposer une prescription médicamenteuse optimale, c'est-à-dire une médication adaptée au traitement du malade et à même de répondre avec le plus de pertinence, d'efficacité, de sécurité à ce « meilleur » diagnostic et qui permettra d'améliorer, ou du moins de préserver, l'état de santé du malade dans le temps.

Pour proposer cette prescription médicamenteuse optimale, le corps médical, et plus spécifiquement les médecins généralistes, les gériatres, les pharmacologues,… doivent parfois «
Jongler » avec les molécules qui composent les nombreux médicaments présents sur le marché. Le but de ce « jonglage », dont la complexité augmente avec le nombre de molécules, étant de minimiser les risques d'interactions négatives entre les différentes molécules ET minimiser les risques d'effets secondaires TOUT EN maximisant les effets bénéfiques des molécules sur la santé du patient. But parfois difficile à atteindre…

Au regard de la complexité qui augmente avec le nombre de médicaments, on se rend compte que la composition d'une prescription médicamenteuse de qualité requiert donc expertise, analyse
et réflexion pour pouvoir sélectionner les médicaments à prescrire. Malgré la rigueur du corps médical, il arrive que certaines prescriptions médicamenteuses dégagées par le corps médical ne soient pas totalement appropriées au traitement pharmaceutique du malade (par exemple: médicaments inappropriés ou manquants, mauvais dosages, durée de prise du médicament qui est trop courte ou trop longue, médicaments qui pourraient entrer en conflit, etc.)1, on parle alors de prescriptions inappropriées. La polypharmacie, prescription et mélange d'un grand nombre de médicaments, ne facilitant pas la tâche et augmentant même le risque de prescriptions inappropriées.

Afin d'estimer l'importance et le nombre de ces prescriptions potentiellement inappropriées et leur
impact sur la santé de la population la plus âgée, une étude2 a été menée par des chercheurs belges sur une population de 503 personnes âgées de plus de 80 ans. Les prescriptions des participants ont été passées aux cribles à la recherche de choix inappropriés en rapport avec la médication.

Après
une analyse informatisée des prescriptions des participants sur base de critères médicaux3, des observations et un suivi de 18 mois, il a été observé que de nombreuses prescriptions médicamenteuses étaient inappropriées au traitement du malade, car, et entre autres, (a) certaines ne contenaient pas un médicament nécessaire au traitement du malade (l'étude parle alors de sous-utilisation4), ou (b) d'autres prescriptions mentionnaient une durée de prise d'un médicament trop longue ou d'autres prescriptions encore mentionnaient des médicaments qui entraient en conflit ou ne se complétaient pas (l'étude parle alors de mauvaise utilisation5). Dans les cas les plus extrêmes, de nombreux patients cumulaient une sous-utilisation et une mauvaise utilisation de médicaments 6.

Dans leurs conclusions, les chercheurs ont émis l'hypothèse qu'une sous-utilisation plus élevée de médicaments
est associée à une mortalité plus élevée et à un taux d'hospitalisation plus élevé. Plus précisément, il a été observé que pour chaque médicament non prescrit, mais nécessaire au traitement, le risque du décès augmentait de 39 % tandis que celui d'hospitalisation augmentait de 26 %7 et que la polypharmacie cumulée à une sous-utilisation et à une mauvaise utilisation de médicaments était présente dans un grand nombre de prescriptions8. Les chercheurs rappellent que des outils ont été mis au point pour identifier les prescriptions inappropriées chez les personnes âgées, en se concentrant sur la polypharmacie, la sous-utilisation et la mauvaise utilisation d'un médicament9. Il est possible d’appliquer ces outils à grande échelle pour aider à améliorer le traitement pharmaceutique de patients âgés à haut risque.

La pertinence des prescriptions médicales est donc un enjeu essentiel dans les soins de santé à destination
des personnes âgées surtout quand on sait que la principale cause de décès dans notre Région reste les maladies de l'appareil circulatoire10-11 et que l'étude a observé dans les prescriptions médicamenteuses une forte sous-utilisation de médicaments en rapport avec certaines maladies liées à l'appareil circulatoire 12.

Je
rappelle que le « Plan d’action e-Santé 2013-2018 » avait, entre autres, l'objectif ambitieux de garantir la qualité de la prescription électronique 13 et que notre Région est associée au plan d’action e-Santé qui a pour ambition, entre autres, d’instaurer l’usage des prescriptions médicamenteuses par voie électronique grâce à une série d'outils numériques dédiés à la prescription.

Au regard des éléments ci-avant présentés et au regard des conclusions des chercheurs, je souhaiterais vous poser les questions suivantes :

1. Quels
sont les critères et moyens actuels mis en place pour juger de la pertinence des prescriptions médicamenteuses chez les médecins généralistes, dans les hôpitaux et autres établissements de soins et de santé qui relèvent de vos compétences ou de votre tutelle.

2. Des
outils numériques intelligents utilisant des 'algorithmes et des référentiels de données centralisées' actualisés à intervalle régulier qui permettent d'aider à la prise de décision lors de la conception d'une prescription médicamenteuse et à l'identification des prescriptions potentiellement inappropriées sont-ils actuellement utilisés ? Si oui, quels sont ces outils et par qui sont-ils utilisés ?
Ces
outils permettent-ils de vérifier la pertinence (la qualité, la sécurité et l'efficacité) des prescriptions médicamenteuses et plus spécialement, les prescriptions médicamenteuses à l'intention des personnes âgées ?
Ces outils peuvent-ils détecter avec efficacité les prescriptions potentiellement inappropriées ?
Ces outils peuvent-ils croiser leurs données avec les données d'autres bases de données qui
contiendraient des listes des effets secondaires de médicaments, des listes de critères médicaux, etc… et cela, dans le but de permettre une meilleure identification des prescriptions potentiellement inappropriées ? Dans l’affirmative, le croisement des données d'une part, améliore-t-il réellement la fiabilité, la précision et l’efficacité de ces outils et d'autre part, permet-il de détecter les prescriptions potentiellement inappropriées ?

3. Quels sont les moyens mis en place pour assurer l'intégrité des prescriptions médicamenteuses par voie électronique
?

4. Quelles
sont les mesures prévues en vue d'assurer la vérification et la délivrance des prescriptions médicamenteuses par voie électronique si une panne prolongée du système informatique et/ou du réseau informatique venait à avoir lieu ?

5. Tous les membres du corps médical habilités à délivrer des prescriptions médicamenteuses
et exerçant dans les hôpitaux publics qui relèvent de vos compétences ou de votre tutelle ont-ils été formés à l'utilisation de ces nouveaux outils dédiés à la prescription médicamenteuse par voie électronique ?

6. Les étudiant(e)s du domaine médical effectuant leur stage dans les hôpitaux publics
qui relèvent de vos compétences ou de votre tutelle sont-ils/elles formé(e)s à l'utilisation de ces nouveaux outils dédiés à la prescription médicamenteuse par voie électronique ?

7. Qu'en est-il de la transparence des outils numériques dédiés à la prescription médicamenteuse
fournis par la plateforme e-Santé et mis à disposition dans les hôpitaux publics de notre Région ? Existe-il une possibilité de consultation du code source de ces outils informatiques par le citoyen ou du moins par une Autorité régionale en vue de vérifier la pertinence des choix effectués et des critères utilisés par ces outils et algorithmes ?


1 RANCOURT (Carol) et MOISAN (Jocelyne) et BAILLARGEON (Lucie) et VERREAULT (René) et LAURIN (Danielle) et GREGOIRE (Jean-Pierre), « Potentially inappropriate prescriptions for older patients in long-term care », in : BMC Geriatrics, 15 octobre 2004, http://bmcgeriatr.biomedcentral.com/articles/10.1186/1471-2318-4-9
2 WAUTERS (Maarten) et ELSEVIERS (Monique) et VAES (Bert), DEGRYSE (Jan) et DALLEUR (Olivia) et VANDER STICHELE (Robert) et CHRISTIAENS (Thierry) et AZERMAI (Majda), « To many, too few, or to unsafe ? Impact of inappropriate prescribing on mortality, and hospitalisation in a cohort of community-dwelling oldest old », Ghent University & Université Catholique de Louvain, in: British Journal of Clinical Pharmacology, 3 aout 2016, https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/27426227/
3 Critères STOPP-2/START-2.
4 Le terme anglais « underuse », peut exprimer l’omission d'un médicament ou encore trop peu de médicaments.
5 Le terme anglais « misuse », peut exprimer une mauvaise utilisation d'un médicament prescrit, voir un abus de médicaments dans certains cas
6 40,2 % des prescriptions analysées présentaient ledit cumul. Si l'on transpose ces chiffres à la population de seniors de plus de 80 ans qui nécessitent un traitement pharmaceutique, cela reviendrait à dire que 4 seniors sur 10 sont mal soignés.
7 WAUTERS (Maarten) et ELSEVIERS (Monique) et VAES (Bert), DEGRYSE (Jan) et DALLEUR (Olivia) et VANDER STICHELE (Robert) et CHRISTIAENS (Thierry) et AZERMAI (Majda), « To many, too few, or to unsafe ? Impact of inappropriate prescribing on mortality, and hospitalisation in a cohort of community-dwelling oldest old », Ghent University & Université Catholique de Louvain, in: British Journal of Clinical Pharmacology, 3 aout 2016, https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/27426227/
8 Idem.
9 Idem.
10 Observatoire de la Santé et du Social de Bruxelles-Capitale, Tableau de bord de la santé en Région bruxelloise 2010, Commission communautaire commune, Bruxelles, 2010, p. 31 à 36, https://www.ccc-ggc.brussels/sites/default/files/documents/graphics/tableaux-de- bord-de-la-sante-/tableau_de_bord_de_la_sante_en_region_bruxelloise_2010.pdf
11 https://www.ccc-ggc.brussels/fr/observatbru/indicateurs/indicateurs-de-mortalite, Collège réuni de la Commission communautaire commune de Bruxelles-Capitale, "Indicateurs de mortalité à Bruxelles - D.Causes de décès - Mortalité par groupe de causes, sexe et année", https://www.ccc-ggc.brussels/sites/default/files/documents/indicateurs/mortalite/d-1-fr-mortalite-par-groupe-de- causes-par-sexe-et-annee.xls
12 Absence de l’enzyme de conversion de l'angiotensine dans 26,2 % et absence d’antiplaquettaire dans 24,3 %.
13 Point d’action 4: prescription électronique, Plan d’action e-Santé 2013-2018 (Site internet à l’initiative des Ministres: Maggie de Block, Jo Vandeurzen, Maxime Prévot, Rudy Demotte, Joëlle Milquet, Didier Gosuin, Guy Vanhengel, Cécile Jodogne et Antonios Antoniadis qui présente le plan d’action e-Santé 2013-2018, ainsi que d’autres informations sur l’e-Santé en Belgique pour l’horizon 2019), http://www.plan-egezondheid.be/fr/points-daction/prescription-electronique/, consulté le 17 novembre 2016
 
 
Réponse    Je partage votre préoccupation.

La prescription de médicament adéquate est un sujet important. Même si Bruxelles est une ville-région jeune, de nombreuses personnes âgées habitent à Bruxelles. En outre, le nombre de personnes atteintes de plusieurs maladies chroniques augmente d’année en année.

La prescription adéquate est donc une nécessité pour assurer la qualité des soins aux personnes qui reçoivent plusieurs médicaments.

Cependant, la compétence de la prescription adéquate des médicaments est une compétence relevant du Fédéral.

Dans les Maisons de repos et de soins et les maisons de repos, certaines interventions viennent en appui à cette compétence fédérale.
Ainsi, on peut relever parmi les normes d'agrément des maisons de repos et de soins, les éléments suivants qui concernent le médecin coordinateur et conseil:
- Il doit avoir suivi une formation sur la gestion de l'antibiothérapie.
- Parmi ses tâches liées aux soins, on peut relever celle d'organiser la prescription, la fourniture, la délivrance, la conservation et la distribution de médicaments en concertation avec les pharmaciens et celle d'établir et actualiser chaque année le formulaire médico-pharmaceutique. Création de la cellule médicale/paramédicale (pour info)
- Il doit suivre une formation permanente et la prescription de médicaments en constitue un des thèmes.

Une autre norme d'agrément concerne le règlement général de l'activité médicale devant exister au sein de chaque MRS, qui doit aborder le point de "l'engagement des médecins généralistes de participer à une politique médicale cohérente au sein de la maison de repos et de soins, notamment en matière de prescription de médicaments", ainsi que celui de "l'utilisation du formulaire médico-pharmaceutique et notamment la prescription des médicaments les moins chers ainsi que le recours aux prescriptions électroniques".

Vous me demandez :
- des précisions sur des outils numériques intelligents utilisant des "algorithmes et des référentiels de données centralisées" ;
- les mesures mises en place pour assurer la vérification et la délivrance des prescriptions médicamenteuses par voie électronique ;
- si les outils sont Accessibles en open source au public ou aux autorités.

Toutes ces compétences sont de la responsabilité du Fédéral.

De même, la formation du personnel des hôpitaux et des autres professions de santé relève en partie du Fédéral et des communautés unilingues, la Vlaamse gemeenschap et la Fédération Wallonie-Bruxelles.

Je ne peux donc malheureusement répondre plus avant à vos questions.