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Question écrite concernant les mesures Covid-19 discriminantes envers les travailleuses du sexe.

de
Nicole Nketo Bomele
à
Nawal Ben Hamou, secrétaire d'État à la Région de Bruxelles-Capitale en charge du logement et de l'égalité des Chances (question n°373)

 
Date de réception: 15/10/2020 Date de publication: 11/01/2021
Législature: 19/24 Session: 20/21 Date de réponse: 25/11/2020
 
Date Intitulé de l'acte de Référence page
22/10/2020 Recevable p.m.
 
Question    Dans sa déclaration de politique générale, le Gouvernement régional s’est engagé à garantir un traitement juste vis-à-vis de tous les Bruxellois, en luttant contre toutes formes de discriminations. Cependant, les nouvelles mesures Covid-19 prises dans certaines communes, Saint-Josse et Bruxelles-ville, qui visent à interdire les personnes travaillant dans l’industrie du sexe à exercer leur activité pendant cette pandémie sont tout à fait discriminatoires.

S’il s’agit d’une décision salutaire pour éradiquer la maladie et empêcher sa propagation dans ce secteur d’activité, elle reste néanmoins incomplète. En effet, des mesures qui consistent à simplement interdire la prostitution, sans pour autant offrir un accompagnement, peuvent s’avérer dangereuses. Elles ne font que déplacer le problème et renforcer la clandestinité, la traite des êtres humains et le proxénétisme.

Différentes mesures de soutien économique ont été mises en place depuis le début de la pandémie, notamment au niveau fédéral et par le Gouvernement bruxellois, mais les personnes qui travaillent dans ce secteur, les personnes sans papiers ou sans domicile, de même que les immigrés se trouvent bien souvent hors du champ de ces aides.

La paupérisation grandissante à Bruxelles et l’absence de soutien adéquat par les autorités publiques, oblige ces personnes à pratiquer leur activité aux risques de leur vie.

Ces décisions ne font donc que déplacer le problème dans d’autres communes, car le plus vieux métier du monde ne disparaîtra jamais.

Mes questions sont les suivantes :

- Avez-vous déjà eu l’occasion de rencontrer les personnes travaillant dans le secteur de la prostitution ?

- Avez-vous fait une évaluation, avec l’aide d’UNIA de toutes les discriminations dont ils/elles souffrent ?

- Les TDS constituent l’une des catégories professionnelles les moins protégées dans notre région, Qu’avez-vous mis en place dans le cadre de vos compétences pour les soutenir ?

- Pendant cette crise Covid-19, beaucoup de TDS connaissent des situations socio-économiques dramatiques, comme je l’ai expliqué plus haut. En tant que Secrétaire d’Etat de l’égalité des chances avez-vous porté la problématique des discriminations subies par les TDS auprès du gouvernement ?

- Il ressort d’un rapport d’UTSOPI, collectif des TDS, qu’ils sont peu informés de leurs droits durant cette crise tant pour leur santé et leurs revenus de remplacement. Quelles sont les méthodes de communication que vous avez privilégiées pour sensibiliser ces derniers afin de les sensibiliser à recourir à leurs droits?

Madame la secrétaire d’état, je vous remercie pour vos réponses, je sais que c’est un sujet transversal, donc, je poserai les mêmes questions à vos collègues concernés par cette problématique.
 
 
Réponse    Par le biais des subventions de projets d'equal.brussels, j'ai pu soutenir les ASBL Alias et Utsopi. Ces deux associations sont fort actives au niveau du travail du sexe, en effet:

Le dernier projet en date d’Utsopi Visibilité et inclusion des travailleurs et travailleuses du sexe visait à mettre en lumière la réalité quotidienne et les problèmes spécifiques rencontrés par les travailleurs et travailleuses du sexe des communautés LGBTQI+, et à travailler sur l'inclusion.

Quant à Alias, le projet le plus récent que j'ai subventionné, il s’agit de la réalisation d'une vidéo participative concernant la violence à l'encontre des travailleurs et travailleuses du sexe trans* dans le quartier Yser. Cette vidéo servira d'outil pour entamer le dialogue avec les différents acteurs du quartier, dont les résidents, les commerçants, les pouvoirs publics, les assistants sociaux et les prestataires de soins médicaux, et pour déconstruire les stéréotypes relatifs aux personnes trans* et aux travailleurs et travailleuses du sexe. La production a pris du retard en raison de la crise Covid-19. La vidéo devrait être finalisée dans les prochains mois.

Les subventions en égalité des chances ont également permis de financer un dispositif mobile de dépistage rapide et travail d'outreach à destination des migrants en transits, exposés à des situations de prostitution dans le Parc Maximilien.

equal.brussels n'a pas prévu de réaliser une évaluation de toutes les discriminations que subissent les travailleurs et travailleuses du sexe.

Toutefois, les subventions de projets d'equal.brussels ont également permis de financer une enquête de Child Focus relative au phénomène de proxénétisme d'adolescents à Bruxelles. Cette étude qualitative a permis de constater que le problème reste largement sous le radar à Bruxelles et que l'aide, la protection et la communication des informations existantes, font défaut. Le Plan bruxellois de lutte contre les violences à l'encontre des femmes prévoit d'assurer le suivi de ce rapport en collaboration avec les partenaires régionaux et fédéraux, et d'examiner les leviers existants pour s'attaquer au phénomène (action 51 du Plan).

La cellule égalité des chances de mon cabinet a rencontré les travailleurs et travailleuses du sexe a plusieurs reprises.

Une première rencontre a été organisée à la demande d’UTSOPI d’abord pendant le 1
er confinement. Lors de cet entretien, UTOPSI a fait état de la précarité croissante des publics de l’association, raison pour laquelle l’organisation a, entre autres, mis en place des distributions alimentaires qui rassemblent parfois jusqu’à une centaine de bénéficiaires. UTSOPI a évoqué en outre, l’action lancée avec le soutien de différentes personnalités politiques et médiatiques « dramaqueens », qui consiste à vendre des masques et des pochettes pour récolter des fonds.

En novembre ensuite, une deuxième rencontre a été organisée avec UTSOPI ainsi qu’avec des représentant.es d’ALIAS et de l’Espace P. Ceux-ci ont une nouvelle fois témoigné des grandes difficultés de leurs publics dans ce contexte sanitaire particulièrement incertain.

Par ailleurs, il a été rappelé que chaque personne ayant perdu une partie de son pouvoir d’achat pouvait faire appel à l’aide des CPAS dans le cadre des fonds spécifiques dédiés à la crise du covid-19, et pas uniquement les bénéficiaires du droit à l’intégration.

Je reste à l’écoute des associations afin de dégager des solutions. À cet égard, sur décision du gouvernement bruxellois, en matière de subsides par exemple, certains délais ou démarches administratives ont été adaptés afin que les associations puissent bénéficier des subventions prévues, et ce même si leurs activités ont dû être annulées ou reportées en lien avec la situation sanitaire.